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Internet Explorer : 15 ans déjà !
15 ans ! Putain 15 ans ! Comme me le faisait remarquer un de mes collègues, cela fait déjà quinze ans ce mois-ci que Microsoft développe son navigateur Internet maison : Internet Explorer. Alors que celui-ci fête son quinzième anniversaire, voici un historique des grandes étapes de l’évolution du logiciel.
C’était en août 1995, peu de temps après la commercialisation mondiale de Windows 95, nom de code Chicago, Microsoft lançait, sans trop y croire, MSIE ou Microsoft Internet Explorer. A la base de ce logiciel, le code de Mosaic un navigateur développé par Spyglass, une société américaine auprès de laquelle Microsoft prend une licence d’exploitation lui permettant de piller, d’utiliser le code source de son logiciel. Et alors même que Microsoft lançait Internet Explorer 1.0, sous la forme d’un logiciel payant intégré au Microsoft Plus Pack pour Windows 95, Bill Gates croyait fermement en un réseau des réseaux fermé et contrôlé par… sa société. La vision d’alors était en effet de créer une sorte de réseau parallèle à l’Internet : le Microsoft Network qui devint rapidement MSN. Si bien d’ailleurs que la première version du logiciel d’accès au Microsoft Network ne permettait en aucune manière la consultation de sites en HTML. Une particularité que la version 1.3 du client MSN corrigera bien vite histoire de séduire d’éventuels abonnés.

Rudimentaire, Internet Explorer 1.0 faisait sourire : le navigateur ne faisait rien d’autre que d’afficher du texte. A l’époque Netscape tenait le haut du pavé avec son Navigator (lui aussi basé sur le code de Mosaic) tandis qu’AOL et CompuServe se taillaient tous deux la part du lion dans un marché des fournisseurs d’accès Internet encore très américain. Rapidement l’équipe initiale de développement constituée pour Internet Explorer (7 personnes) se met au travail et enrichit le navigateur. Quelques semaines seulement après la sortie d’Internet Explorer 1.0, Microsoft propose Internet Explorer 2.0 : nous sommes en novembre 1995. Et à l’époque cette version est déjà assez importante puisqu’elle ajoute la prise en charge des cookies, le protocole SSL et la gestion des groupes de discussion (la lecture des newsgroup se fait alors depuis Internet Explorer). De plus, Microsoft la décline pour Windows 3.1 et pour le Macintosh ! Mais pour en profiter il faut l’acheter… avec le Microsoft Internet Starter Kit.

Malgré ces efforts, Internet Explorer 2.0 ne convainc guère et Netscape demeure la référence. Il faut attendre la version 3.0 d’Internet Explorer pour profiter d’un navigateur enfin au niveau de ses concurrents de l’époque. L’équipe de développement est passé de 7 à 70 personnes et c’est le début de la guerre des navigateurs. Lancé en 1996, au mois d’août, Internet Explorer 3.0 profite pour la première fois du logo bleu en forme de e (ce n’est pas encore l’icône du programme, mais c’est l’image qui s’affiche au chargement des pages), se dote d’une barre d’outils que l’on peut déplacer (mais pas personnaliser) avec habillage par skin, ajoute une gestion partielle des CSS, inaugure les contrôles ActiveX, se dote de VBScript en plus de supporter les applets Java (entre autres) et peut même afficher images JPG et GIF !
La version 3.0 marque un tournant dans l’histoire du navigateur puisqu’avec elle nombre d’utilisateurs commencent à se détourner de Netscape. C’est aussi avec Internet Explorer 3.0, disponible gratuitement au téléchargement ou sur CD, que Microsoft s’engage sur une pente… dangereuse. Internet Explorer 3.0 est rapidement intégré à Windows 95 via la célèbre mise à jour OSR2 ou OEM Service Release 2 (et ultérieure), une version à l’époque destinée aux seuls fabricants d’ordinateurs.
Précisons qu’avec Internet Explorer 3.0, Microsoft inaugure également deux logiciels Internet Mail et Internet News, l’un pour lire ses mails, l’autre pour consulter les groupes de discussion.
L’irréparable est commis avec Internet Explorer 4.0 : un véritable bond en avant pour Microsoft, qui relègue Netscape au rang de dinosaure alors que le navigateur se dote du DHTML, version dynamique du HTML, et est imbriqué dans Windows… 98. Une pratique qui fera bondir la part de marché du navigateur de moins de 20% en 1997 à… 60% en 1999 et qui vaudra à Microsoft ses démêlés avec le département de la justice américain pour abus de position dominante. L’affaire trouvera son épilogue en 2001 avec un accord… pour le moins favorable à Microsoft, la firme ayant évité le démantèlement.
Mais revenons en au navigateur. Avec Internet Explorer 4.0, Microsoft fait le choix de coupler ses technologies et d’utiliser le tout nouveau moteur de rendu d’Internet Explorer, Trident, pour le fonctionnement quotidien de Windows : l’explorateur Windows affiche des liens hypertexte et devient une fenêtre Internet. Lancé en septembre 1997, Internet Explorer 4.0 inaugure également le funeste concept de l’Active Desktop. Non seulement l’explorateur Windows est un navigateur Internet, mais le bureau aussi. A la place du fond d’écran on peut afficher tout un tas d’informations : cours de la bourse, flux d’informations, etc.
Seulement voilà, l’Active Desktop, encore présent des années plus tard dans Windows 2000… n’est pas stable et a la fâcheuse habitude de faire planter le système. A tel point qu’en cas de plantage, Microsoft implémente une page type avec un lien… pour redémarrer Active Desktop. Internet Explorer 4.0 c’est aussi l’apparition des chaînes de contenu car à l’époque la mode est au « push » : on ne va plus chercher l’information, elle vient à vous. Le concept fera long feu et dès la version suivante, les chaînes de contenu disparaissent. Internet Explorer 4.0 est également accompagné d’Outlook Express, qui remplace avantageusement les logiciels Internet Mail et Internet News, alors que l’on voit apparaître Microsoft Chat, un logiciel mémorable permettant de clavarder avec en option des avatars animés. A noter que le moteur de rendu Trident inauguré avec Internet Explorer 4.0 est aujourd’hui… encore utilisé par Microsoft, y compris dans Internet Explorer 8.0 et le prochain Internet Explorer 9.0 (naturellement celui-ci a évolué au fil des versions).
En mars 1999, Microsoft propose Internet Explorer 5.0, une version améliorée, plus stable, avec le support de nouvelles technologies comme le XML. Cette version sera intégrée à Windows 98 Deuxième Edition et accompagnera la suite Office 2000. Car à l’époque, Microsoft nous explique qu’Internet Explorer est le complément idéal de sa suite bureautique. On retrouvera également Internet Explorer 5.0 dans Windows 2000 avec cryptage 56 bits, quand Internet Explorer 4.0 se limitait à un cryptage 40 bits.
A l’époque, la plus grande nouveauté utilisateur d’Internet Explorer 5.0 est sans doute à chercher du côté de son client de messagerie, Outlook Express qui est singulièrement novateur, pour l’époque. Il n’évoluera d’ailleurs quasiment plus jusqu’au lancement de Windows 7 ! Le client de messagerie inclus dans Windows Vista, Windows Mail n’est qu’un simple Outlook Express très légèrement amélioré par rapport à la version 5.0. Puis vient Internet Explorer 5.01 alors que le monde découvre les failles de sécurité dans les navigateurs Internet. Et Microsoft de mettre en place des mises à jour, initialement diffusées au besoin et sans fanfare ni documentation détaillée.
S’en suit Internet Explorer 5.5, une version mineure qui apportera quelques toutes petites nouveautés pour les développeurs, notamment au niveau des CSS, et pour l’utilisateur l’aperçu avant impression. Internet Explorer 5.5 sera inclus à Windows Me, et distribué sous forme de téléchargement. C’est aussi la première version d’Internet Explorer qui ne sera plus proposé pour le Macintosh. Internet Explorer dans sa version 5.0 sera donc l’ultime version du navigateur de Microsoft sur la plate-forme de la firme à la pomme. Et avec Internet Explorer 5.5, Microsoft prend pour la première fois en charge le cryptage 128 bits pour le protocole SSL sans installation de composant supplémentaire. Ca tombe bien, la France vient de libéraliser ce type d’algorithmes, jusqu’alors bannis car susceptibles d’encourager les criminels à communiquer de façon cryptée.
2001 : l’année de Windows XP et de la sortie d’Internet Explorer 6.0 au mois d’août. Disponible pour Windows XP et Windows 2000 notamment, Internet Explorer 6.0 a vu son cahier des charges largement revisités pendant son développement. Sous le coup d’une enquête du département de la justice américain pour abus de position de dominante, Microsoft doit faire une croix sur l’une des fonctionnalités utilisateur les plus prometteuses d’Internet Explorer 6.0 : les smart tags. Il s’agissait de proposer des liens intelligents se greffant sur certains mots du contenu Web pour par exemple renvoyer l’utilisateur vers un plan lorsqu’une adresse s’affiche. Sous la pression, Microsoft retire cette fonctionnalité, les concurrents de l’éditeur étant particulièrement irrités par l’usage que pourrait faire l’éditeur d’une telle fonction. En revanche, pas question de pouvoir désinstaller Internet Explorer 6.0 : il est toujours au coeur de Windows. Reste à Internet Explorer 6.0 la barre de média permettant la lecture de ses radios et MP3 depuis le navigateur, l’intégration de Windows Messenger, pour voir ses contacts connectés sans quitter le navigateur et Outlook Express 6. Quelques technologies de rendu font leur apparition pour les développeurs, alors que Microsoft propose le standard P3P permettant une gestion plus fine des cookies : il est pour la première fois possible de supprimer les cookies depuis Internet Explorer. Comme le faisait remarquer un lecteur en commentaire, Internet Explorer 6.0 fut bel et bien proposé pour les systèmes d’exploitation Windows 98, Windows 98 SE et Windows Me.
De 2001 à 2006 c’est la traversée du désert. Internet Explorer 6.0 n’évolue pas et Microsoft illustre avec son seul navigateur Internet ce qu’est le risque d’un acteur en situation de monopole : pourquoi faire évoluer un navigateur alors qu’il n’y a aucun concurrent ? Et non, nous ne considérons toujours pas les Service Pack 1 et Service Pack 2 d’Internet Explorer 6.0 comme des évolutions. Tout au plus s’agit-il pour le premier d’une collection de correctifs de sécurité alors que le second tente de remédier aux lacunes en matière de sécurité du navigateur sans revoir le coeur du problème : la conception du navigateur ! On aura quand même droit à un bloqueur de pop-ups… mettant un terme presque immédiat à ce format intrusif de publicité. Cinq années d’immobilisme, l’abandon du développement du navigateur ; une éternité dans un monde en perpétuelle ébullition comme celui du web. Mais c’est aussi l’occasion pour des initiatives tierces de voir le jour : on pense bien sûr à celui que l’on connaît désormais sous le nom de Firefox de la fondation Mozilla.
Octobre 2006 : après de trop longues années, Microsoft s’est remis au travail parallèlement au développement de Windows Vista et propose la septième version d’Internet Explorer, désormais baptisée Windows Internet Explorer 7.0, une version dépoussiérée du navigateur et disponible pour Windows XP et intégrée à Windows Vista. Techniquement, le moteur d’Internet Explorer 7.0 évolue doucement pour mieux respecter les standards du Web, des standards piétinés par Internet Explorer 6.0 et son DHTML. Mais la tâche est tellement grande, que dès le début les équipes de Microsoft font savoir qu’Internet Explorer 7.0 sera au mieux une étape vers un navigateur plus ouvert sur des standards non définis par Microsoft. Pour l’utilisateur, Internet Explorer 7.0 est la première version à offrir la navigation par onglets alors que le navigateur se dote d’un lecteur de flux RSS ! Deux nouveautés que l’on n’espérait plus. S’il fallait pour installer Internet Explorer 7.0 sur son PC que la version de Windows soit validée comme authentique, et donc non piratée, Microsoft changera son fusil d’épaule quelques mois après la sortie du navigateur pour faire en sorte que tout le monde puisse l’installer.
Quelques mois plus tard, en 2007, Netscape Navigator disparaît… pour de bon. Et coincidence, c’est cette année que la Commission Européenne lance une enquête contre Microsoft pour abus de position de dominante. Le reproche ? L’inclusion d’Internet Explorer dans Windows. Un dossier qui se réglera en 2009 avec l’apparition du ballot screen cet écran invitant l’utilisateur à télécharger et installer le navigateur de son choix… sur Windows.
Mars 2009 : trois ans après, Microsoft nous propose Internet Explorer 8.0, une version dont le moteur de rendu subit un nombre assez important de changements. A tel point qu’un nouveau mode d’affichage des pages web apparaît le monde d’affichage compatible qui rebascule sur le moteur d’Internet Explorer 7.0 pour des sites qui s’afficheraient mal car conçus et optimisés pour les versions antérieures d’Internet Explorer ! Quel aveu ! Disponible pour Windows XP, Windows Vista et Windows 7 notamment, Internet Explorer 8.0 propose comme nouveauté fonctionnelle majeure les accélérateurs, sorte de remise au goût du jour des smart tags avortés d’Internet Explorer 6.0. On retrouve également un mode de navigation privé, qui ne garde aucune trace des actions de l’utilisateur tandis que le logiciel passe pour la première fois le fameux test Acid2… mais pas le 3 !
2011 : Microsoft devrait publier la version finale d’Internet Explorer 9.0 au premier trimestre 2011… si tout va bien. En développement à l’heure où nous écrivons ces lignes, Internet Explorer 9.0 suit la trajectoire entamée avec l’ère post Internet Explorer 6.0 : un moteur de rendu respectueux des standards avec prise en charge CSS3, HTML5, intégration d’un nouveau moteur Javascript et pour la première fois une accélération matérielle par la puce graphique du rendu des éléments d’une page Web.
Reste que dans un domaine où la réactivité prime, et quand Google annonce vouloir accélérer encore le rythme de développement de son navigateur Chrome (une version stable tous les mois et demi contre trois mois actuellement), les cycles de développement des nouvelles versions d’Internet Explorer sont bien trop lents. L’éditeur a perdu un temps considérable entre 2001 et 2006 alors qu’aujourd’hui encore la présence d’Internet Explorer 6.0 sur un grand nombre de postes dans des entreprises l’empêche d’avancer sereinement et de tourner la page. La firme de Bill Gates risque de payer encore très longtemps ses errements passés.
Une version modifiée de cet article sera prochainement publiée sur Clubic.com.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Julien le 14 août 2010 à 1 h 45 min, et placée dans Internet Explorer, Windows. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |














Flashback en 1994… Le Web en est à ses tout débuts et une jeune pousse du nom de Netscape fourbit ses armes autour de Navigator, son navigateur web (…)
Internet Explorer 9.0 est disponible dès maintenant en version finale pour Windows Vista et Windows 7 (…)
Microsoft multiplie les tentatives de mise à mort d’Internet Explorer 6.0 un navigateur sorti dans sa version finale en 2001. Dix ans plus tard, la part de marché importante d’IE 6.0 constitue aujourd’hui un vrai problème (…)
Parallèlement à la prochaine disponibilité d’Internet Explorer 9.0 en version finale, Microsoft développe une version HTML5 de son moteur de recherches Bing (…)
Si pour l’heure les mises à jour logicielles sont existantes pour Windows Phone 7, Microsoft travaille vraisemblablement a changé cet état de fait. Et la seconde mise à jour de la plate-forme devrait intégrer un navigateur Web plus récent et moderne : Internet Explorer 9.0 Mobile (…)
about 1 year ago
J’applaudis la relative honneteté (pour quelqu’un qui a vendu son ame a Vista) de l’article sur certains points !
Le rappel de la vision de Bill Gates de réseaux privés, l’aventure MSN Networks était important. J’ai quelques doutes sur le passage du DHTML (le tag LAYER vaincra :p) mais j’apprécie le recul sur Active Desktop !
On rappellera tout de même que Spyglass Mosaic était une horreur qui tentait de capitaliser sur le nom du seul, vrai, unique Mosaic, celui du National Center for Supercomputing Applications (de quoi faire rougir les netbooks) de Marc Andreesen qui deviendra Netscape Navigator par la suite (et aujourd’hui Firefox pour ceux qui n’ont pas suivi l’histoire).
La bataille IE4/Navigator 4 est l’un des moments les plus douloureux de l’histoire d’Internet. L’ouverture a l’open source du code de Mozilla 5 (une véritable bouse imbittable au niveau du code source [pourtant nettoyé !] que Netscape était incapable de sortir au moment ou le code a été ouvert, rappellons le) aura donné plus tard Mozilla puis le split Firefox (browser only). L’histoire de Netscape n’est pas beaucoup plus glorieuse que celle d’Internet Explorer mais c’est un autre débat.
Le vrai truc manquant dans cet article, c’est la relation extrêmement facheuse de Microsoft aux standards comme HTML, JS et CSS ou MS s’est littéralement servi de ses parts de marché pour imposer ses bugs et forcer les sites webs a se conformer a IE. Depuis quelques temps la situation s’est arrangée mais le mal a été fait à l’époque d’IE 4/5/6. Des browsers toujours extremement présents sur nombres de PC et qui continuent à être un frein à l’évolution des standards modernes du web.
Je réclame également un article entier sur ActiveX ! Mais joli résumé quand même…
about 1 year ago
Je ne suis pas d’accord sur un point :
« Autre critique formulé à l’encontre de Microsoft : l’éditeur refuse de développer une version d’Internet Explorer 6.0 pour les systèmes d’exploitation Windows 98, Windows 98 SE et Windows Me. ».
Il y a bien eu IE6 pour ces OS :
http://www.microsoft.com/downloads/details.aspx?displaylang=fr&FamilyID=1e1550cb-5e5d-48f5-b02b-20b602228de6
about 1 year ago
Vérifications faites, c’est exact ! J’ai donc modifié en conséquence l’historique